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Une Task force anti-terroriste à l’Elysée peut-elle empêcher des attentats

French police and anti-crime brigade secure a street as members of special forces carried out counter-terrorism swoop at different locations in Argenteuil, a suburb in northern Paris

Si la « task force » d’Emmanuel Macron est le nom donné à une telle structure, elle pourra devenir ce qui manque cruellement à la France en matière de sécurité: un cap, un horizon à atteindre…

Une « task force » anti-terroriste relevant de l’Elysée pourrait-elle empêcher un autre attentat comme celui de Manchester? Non. En revanche, elle peut contribuer à la diffusion beaucoup plus large d’une culture de sécurité qui manque encore à notre pays.

Car les organes de coordination existent déjà. Nous avons trop tendance dans notre pays à multiplier les structures administratives: elles deviennent rapidement redondantes ou alimentent des rivalités entre les personnes qui ne facilitent pas le traitement des problèmes qu’elles sont censées résoudre. Le rattachement au plus haut sommet de l’Etat peut-il apporter quelque chose de neuf? Pas vraiment sur le plan opérationnel. En revanche, sur le plan stratégique et culturel, cela peut nous permettre une avancée majeure.

La sécurité intérieure souffre d’un déficit de réflexion stratégique… La sclérose bureaucratique nuit à l’orientation du travail des forces de sécurité de notre pays. De ce point de vue, le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2013 représente une illustration exceptionnelle de ce qu’il faut éviter de faire: soumission aux routines administratives, règne du politiquement correct et absence de la parole opérationnelle y rayonnent majestueusement… C’est un modèle classique; cependant, il parvient ici au paroxysme de l’inutilité. Comment ce type de document est-il produit? Un groupe de travail – strictement sélectionné pour sa « prudence » intellectuelle (c’est-à-dire son conformisme), comptant dans ses rangs des personnalités attendues, rarement des novateurs – entend des émetteurs de discours convenus et des responsables de haut niveau de la sécurité nationale et de la haute administration, ceci afin de formaliser un diagnostic consensuel des points forts et faibles qui seront synthétisés pour en déduire une batterie de propositions calibrées (rapidement classées ou vidées de leur meilleure substance).

Il est donc clair que l’exercice apparaît globalement factice ou tend même parfois à simplement légitimer les théories initiales des membres du groupe de travail qui remettra cette analyse au chef de l’Etat. Il peut aussi arriver que des contributions jugées dérangeantes disparaissent carrément de la synthèse finale alors qu’elles furent demandées à des experts initialement sollicités… Un changement radical de méthode s’impose: il serait souhaitable de commencer cette formalisation stratégique à partir du terrain, en donnant la priorité à l’expression du besoin par les opérationnels. Ceci permettrait alors de construire une véritable et légitime stratégie de sécurité. Elle pourrait ainsi s’attaquer avec réalisme aux sujets clefs du présent et du futur.

Ceci suppose une instance dédiée, sous l’autorité du Président ou du Premier ministre, capable d’observer les réalités opérationnelles, de prendre en compte les attentes et analyses des praticiens et des experts disponibles, et enfin seulement de cristalliser une synthèse précise, insensible aux pressions politiques et idéologiques. Le gouvernement disposera à ce moment là des outils conceptuels et de l’adhésion nécessaire à la construction d’une réponse adaptée en matière de sécurité. L’indépendance s’affirme donc comme la première caractéristique de cette structure : son but est d’être un outil d’évaluation et d’élaboration stratégique au service du chef du gouvernement afin de proposer un traitement global de l’insécurité et des menaces plurielles qui pèsent sur notre pays. Cet organe aurait pour tâche de proposer une approche intégrée des problèmes de sécurité, qui ne se cantonne pas à la construction d’une feuille de route pour les services de police et de gendarmerie. Il s’agirait par conséquent de formaliser des propositions mobilisant des actions dans le domaine de l’éducation nationale, de l’économie, etc.

Enfin, et c’est capital, cette structure devra faire appel aux compétences du privé et de la société civile : se limiter à rassembler des hauts fonctionnaires et des dirigeants de services de sécurité reviendrait à tuer le sens du projet. Ce qui compte au plus haut point, c’est d’instaurer une chaîne de sécurité nationale, une coproduction de sécurité dépassant l’administration. C’est ainsi que l’on pourra notamment répondre au terrorisme : en faisant que chacun participe à l’anticipation et à la vigilance.

Si la « task force » d’Emmanuel Macron est le nom donné à une telle structure, elle pourra devenir ce qui manque cruellement à la France en matière de sécurité: un cap, un horizon à atteindre…